Mangeoire anti-pigeon : nourrir les mésanges sans nourrir les pigeons

Le problème n’est presque jamais le pigeon. C’est la mangeoire, qui ne trie rien : elle offre une plateforme, des graines faciles et un point d’appui, c’est-à-dire exactement ce qu’il faut à un oiseau de six cents grammes. Les mésanges arrivent après et repartent sans rien. C’est une affaire de mécanique, pas de répulsif.

Pourquoi les pigeons accaparent-ils une mangeoire classique ?

Un pigeon ne peut pas s’accrocher à une paroi verticale, ne peut pas se suspendre tête en bas et ne sait pas se maintenir sur un perchoir court. En revanche il est lourd, il est grégaire, et il vide une plateforme en quelques minutes. Les tourterelles et les corneilles fonctionnent de la même façon.

Une mésange bleue pèse une dizaine de grammes, s’agrippe à n’importe quoi, mange la tête en bas et se contente d’un perchoir d’un centimètre. Entre les deux, l’écart de gabarit est tel qu’un simple obstacle physique suffit à trier, sans jamais avoir à chasser quoi que ce soit.

Reste le sol. Le pigeon est d’abord un granivore de terrain : même une mangeoire parfaitement inaccessible l’attirera tant que les petits oiseaux font tomber des graines sous le perchoir. Beaucoup d’installations échouent là, pas sur le distributeur lui-même.

Qu’est-ce qui fait qu’une mangeoire trie réellement ?

Trois dispositifs fonctionnent, et ils fonctionnent tous par la géométrie. La cage : le distributeur est enfermé dans un grillage dont les mailles laissent passer un petit passereau et arrêtent tout ce qui est plus gros. C’est la solution la plus fiable, et accessoirement la seule qui protège aussi des écureuils.

Le dôme réglable : une coupole transparente descend au-dessus du plateau, et la hauteur de passage se règle. Abaissée, elle laisse entrer les mésanges et interdit physiquement l’accès aux gros oiseaux, qui ne peuvent pas se plier. Son avantage est de s’adapter aux espèces de votre jardin ; son inconvénient est qu’il faut penser à la régler.

Le distributeur tubulaire à perchoirs courts, enfin, exclut le pigeon par simple défaut d’appui, à condition qu’il n’y ait ni plateau de réception en bas ni rebord large. C’est le point que les fabricants ratent le plus souvent : un beau tube vertical posé sur une coupelle de récupération redevient un libre-service.

Schéma : cage, dôme et tube, les trois géométries qui trient les oiseaux
Le tri se fait par la géométrie du dispositif, jamais par un répulsif.

Quelles graines découragent les gros oiseaux ?

Le choix de la graine fait la moitié du travail, et il coûte moins cher que le matériel. Les mélanges premier prix sont composés de blé, de maïs concassé et de graines de tournesol striées bon marché : c’est précisément le régime du pigeon et de la tourterelle, et les petits passereaux y trient péniblement trois graines.

Les cœurs de tournesol décortiqués changent la situation sur deux plans. Ils intéressent d’abord les mésanges, les pinsons et les sittelles. Surtout, il n’y a pas de coques, donc presque aucun déchet au sol, donc rien qui rassemble les pigeons sous la mangeoire. C’est plus cher au kilo et nettement moins cher à l’usage, puisque rien n’est perdu.

Le nyjer, minuscule et noir, se distribue dans un tube à fentes fines : seuls les chardonnerets et les tarins savent l’extraire. Les boules de graisse en filet, suspendues sans support, réservent le repas à ce qui sait se suspendre. Dans les deux cas, le tri est automatique.

Où l’installer pour que ça fonctionne ?

En hauteur, à l’écart d’un rebord large ou d’un toit plat d’où un pigeon pourrait atteindre le distributeur en se penchant. Une suspension libre, à une branche ou à une potence, vaut toujours mieux qu’une fixation contre un mur ou une rambarde de balcon, qui offre un point d’appui.

Prévoyez un buisson ou un arbre à deux ou trois mètres : les petits oiseaux ne s’exposent pas longtemps à découvert et font des allers-retours entre le couvert et la mangeoire. Trop loin de tout abri, la mangeoire reste boudée par ceux-là et fréquentée par ceux qui ne craignent rien.

Nettoyez le sol dessous plutôt que d’y installer un bac de récupération, et ne laissez jamais de graines traîner le soir. Sur un balcon en ville, rappelez-vous que le nourrissage des pigeons est interdit par arrêté municipal dans de nombreuses communes, et que plusieurs espèces sauvages sont protégées, deux points que nous avons détaillés à propos des espèces protégées chez les pigeons.

Ce qui ne marche pas, et qu’on vend quand même

Les répulsifs sonores et les ultrasons n’ont aucun effet quand une source de nourriture est en jeu : l’oiseau s’habitue en quelques jours, et c’est encore plus rapide s’il est récompensé à chaque visite. Poser un effaroucheur et une mangeoire au même endroit revient à s’envoyer deux signaux contradictoires.

Les gels et les pics n’ont pas leur place ici non plus : ils traitent une zone de pose, pas une zone d’alimentation. Le pigeon ne se perchera pas dessus, il mangera en dessous. Ces dispositifs se justifient sur un rebord de fenêtre ou une corniche, ce qui est un autre sujet, traité sur notre page anti-pigeon.

Reste la fausse bonne idée du plateau au sol destiné à « occuper » les pigeons ailleurs. Elle produit l’inverse : un point de nourrissage fixe fidélise le groupe, qui grossit, et la pression sur la mangeoire augmente au lieu de diminuer.